Dimanche 21 février 2010
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14:27
Comme de nombreuses autres victimes de l'alléchante campagne de pub menée par H&M avant le lancement de sa collection Rykiel, je suis partie hier tenter ma chance.
J'avais moi aussi préparé un plan de batailles. D'abord, ma sélection de pièces sur le site officiel. Y figuraient la poupée, les robes pull à rayures multicolores et noires et blanches, les
collants, et peut-être la salopette.
Après le choix des pièces venait celui du magasin. Les Halles, Haussmann, Rivoli... me semblaient des quartiers bien trop touristiques pour y trouver mon bonheur; j'ai donc opté pour le H&M de
la rue de Rennes, le plus proche de chez moi.
Ayant enquêté auprès d'un vendeur deux jours avant, j'avais décidé de venir 30 minutes en avance: je suis très impatiente et savais que mes nerfs fragiles n'auraient pas supporté trop
d'attente...
Arrivée devant le magasin, la vue d'une file de 150 m de long a anéanti tous mes espoirs, mais après réflexion, je me suis dit que la chance serait peut-être de mon côté et que l'attente en valait
la peine. D'autres avaient manifestement le même espoir que moi, car la file n'a pas cessé de grandir, au point d'atteindre quasiment la Tour Montparnasse quelques minutes avant l'ouverture. Les
badauds marchant de l'autre côté, les touristes dans les bus, regardaient en souriant cette file de modeuses de tous les âges trépigner en pleine effervescence.
10 heures, la file bouge. Moi qui avais réussi à garder mon calme jusque là sent mon coeur battre la chamade, mes mains devenir moites. J'ai envie de bousculer tout le monde et de partir en courant
rejoindre les premiers rangs, mais je me contiens car les gens autour de moi restent relativement sereins. Nous progressons assez rapidement: les vigiles laissent apparemment rentrer les gens par
groupes toutes les 5 minutes. Vers 10h15, je suis devant "La Porte", je gravis les marches de l'escalator à pas presssés, j'arrive au premier étage... et là, c'est la désolation. Tous les rails
sont vides, et des femmes aux sacs pleins de rayures tentent de s'éloigner de la foule pour analyser et trier leur butin.
Devant ce vide, je suis sur le point de me résigner à faire demi-tour et à rentrer bredouille quand j'entends un hurlement strident venir du milieu de la pièce: un vendeur courageux vient
apparemment d'amener un stock de pulls jaunes et roses à strass, au péril de sa vie. Les gens se poussent, crient, s'arrachent les vêtements qui pendent des sacs. Pas de blessé, c'est un miracle,
car plusieurs vendeuses ont été sérieusement bousculées! Cette scène d'hystérie collective se reproduira plusieurs fois, lors du réassort en sacs, débardeurs à noeuds, pulls sans manches...
Démunie face à ce spectacle inédit, j'observe d'abord la scène de loin et passe mon tour. Cependant, mon esprit combattif refait rapidement surface; à l'approche de nouveaux vendeurs chargés
de marchandises, je me ressaisis et sprinte vers les rails. Ca y est, j'ai agrippé la poupée, 3 petits pulls, deux sacs (l'un à strass, l'autre en tissu) et une robe!
Tenant précieusement mon butin, je suis interpellée par plusieurs femmes d'âge moyen, visiblement interloquées par l'approche combattive du shopping de la nouvelle génération. L'une d'entre elles,
hagarde, me demande d'un air dépassé "comment on fait?" Je lui réponds que c'est la folie, qu'il faut se battre, et qu'il ne reste plus rien. Une autre cliente aggripe son pull rose, et me demande
3 fois en 5 minutes si je n'aurais pas une plus grande taille à lui
échanger: manifestement, l'hystérie

collective a eu raison de sa mémoire et de son physionomisme! Enfin une troisième, plus chanceuse dans ses trouvailles, a le malheur de poser son butin sur un présentoir.
Aussitôt, une vingtaine de bras surgit pour s'emparer des pulls et robe à rayures, mais elle les repousse en hurlant au scandale, reprenant ses possessions avec indignations.
En bas, la foule continue à monter, à tel point qu'un embouteillage se forme et que nous nous retrouvons pressées vers l'escalator, contre notre volonté. Je prends ce mouvement de foule comme un
signe, et décide de monter me réfugier au second étage. Dans cet espace étonamment vide, de jeunes anglaises font du troc ou essaient leurs pièces devant les fenêtres; une maman africaine levée aux
aurores est entourée de clientes bredouilles qui espèrent pouvoir la convaincre de leur faire un don...Je parviens à échanger le cardigan jaune contre un petit pull rayé; ouf! Mission accomplie!
Après un bref passage à la caisse, où des intérimaires effarés ne prennent même plus la peine de décintrer les marchandises, me voilà dehors avec mon joli sac Rykiel. Je rentre rapidement chez moi,
effrayée à l'idée qu'un client déçu ne me braque pour s'emparer de mes trouvailles.
Bilan de cette matinée? Mitigé. Les pièces sont belles, mais est-ce vraiment le goût de beaux vêtements ou l'attrait pour la marque de Mme Rykiel qui a poussé tous ces clients à se lever aux
aurores? Il me semble plutôt avoir assisté à une conséquence inévitable du buzz créé par ces collections limitées: en suscitant le désir chez tellement de femmes, H&M a inévitablement provoqué
de nombreuses frustrations et blessures. C'est dans un jour comme celui-ci que le terme de "fashion victim" prend pleinement son sens!
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